lundi 14 décembre 2009

René Goscinny, tu nous manques !

En 2009, tandis qu'en librairie, on célèbrait les cinquante ans d'Astérix avec un album rétrospectif, Lucky Luke et Le petit Nicolas déboulaient sur les écrans. Malheureusement, une fois de plus, l'oeuvre de René Goscinny faisait l'objet de films plutôt insipides. On se replonge alors dans les sources et on se rend compte à quel point le génie audacieux et la répartie hilarante du principal artisan-créateur de ces héros manquent à toutes ces suites et adaptations.

René Goscinny est né en 1926 à Paris. Il débute à dix-sept ans comme dessinateur dans une agence de publicité en Argentine. Arrivé en 1948 aux Etats-Unis, il devient dessinateur dans un studio. Il rencontre Morris à New York, Charlier à Bruxelles et Uderzo à Paris. De son parcours naîtra une oeuvre colossale, connue dans le monde entier et il vendra 500 millions d'albums de son vivant.

Il a adapté lui-même ASTERIX en dessin-animé, mais aussi LUCKY LUKE ou TINTIN, et a collaboré à l'écriture du film de Pierre Tchernia LE VIAGER.

De cette oeuvre ont été tirées de nombreuses adaptations de qualités très inégales, qu'il s'agisse de bande dessinée, ou des romans comme Le petit Nicolas.


QUEL EST L'HERITAGE DE RENE GOSCINNY ?


Un esprit qui persiste, plus de trente ans après sa disparition le 5 novembre 1977, et nourrit encore notre langage d'expressions passées à la postérité comme "tirer plus vite que son ombre". Ceux qui rêvent d'être calife à la place du calife auront bien besoin de potion magique. Et les scénaristes qui ont tenté d'adapter l'oeuvre de Goscinny au cinéma n'en ont toujours pas trouvé la formule...

Le film de Laurent Tirard a été l'un des succès de 2009. Pourtant, pour les fans de son créateur, le film est ni, ni... Ni formidable, ni catastrophique. Ni inspiré, ni insipide. Mais le héros des années 50-60 méritait sans doute mieux que cette adaptation en demi-teinte. Il manquait le second degré et le regard vif porté sur la société de son époque. Sans doute trop naïf et trop sage – politiquement correct ? – le héros n'a plus l'espièglerie ou l'ironie que René Goscinny injectait partout.
- Chez nous, pour le réveillon, je lui ai dit, il y aura mémé, ma tante Dorothée et tonton Eugène.
- Chez nous, m'a dit Alceste, il y aura du Boudin blanc et de la dinde.
Ces réparties ont fait le succès du personnage, né sous le forme de gags dessinés par Sempé dansLe Moustique, entre 1956 et 1958. Un an plus tard, le duo publie une nouvelle illustrée dans un journal : c'est la forme aboutie de ce que seront les nouvelles et livres qui paraîtront dans Pilotel'année suivante. A ce moment là, Goscinny a déjà écrit son premier scénario pour Lucky Luke, héros dessiné par Morris. Il en écrira quarante en tout !

Le succès mènera Goscinny à la télévision, mais après plusieurs émissions produites et animées il déchantera et dira vingt ans plus tard : « La télévision pourrait être le moyen d'expression le plus extraordinaire. Mais cette atmosphère de bureau de poste en faillite me démoralise. Dès que vous arrivez avec votre projet, un paquet de notes de service vous explique pourquoi vous ne pourrez jamais le réaliser. »

Y-a-t-il eu trop ou pas assez de notes de services lors de l'écriture du « Petit Nicolas » ? Dans cette adaptation, l'apparente innocence du jeune protagoniste a été traduite au premier degré tandis que l'aspect benêt des premiers rôles est très éloigné de la caricature parfois féroce des relations parents-enfants que décrivait l'auteur à l'origine.

VOUS ME RECOPIEREZ 300 FOIS LE MOT SCÉNARIO !


Pourtant, les scénarios à plusieurs niveaux de lectures, ces situations poussées jusqu'à leur paroxysme, l'art de poser la cerise sur le gâteau, le clin d'oeil au lecteur, c'est justement la marque de fabrique de René Goscinny... 

Dans Astérix, quand l'auteur fait d'Obélix le roi du menhir (Obélix et compagnie), il critique l'économie et la société de consommation. Le devin est une diatribe contre les charlatans et les vendeurs d'espoir. Et quand l'auteur ne se lance pas dans un remake hollywoodien comme dansAstérix et Cléopâtre, il caricature à tour de bras les bretons, les normands, les helvètes, et encore bien mieux que Brice Hortefeux, les auvergnats dans Le bouclier Arverne !

Goscinny est un peu comme Desproges. Un observateur féroce de la société qui nous a laissé terriblement orphelins. Qu'aurait-il pensé de l'adaptation du petit Nicolas ? S'il avait pu infléchir la courbe du scénario, aurait-il développé un peu plus les rôles adultes secondaires comme celui de François Demaison dans le rôle du Bouillon?

Si le film comporte de bonnes scènes, le scénario n'est pourtant pas exempt de problèmes. Ainsi l'ajout de séquences qui ne sont pas liées à l'histoire paraissent anecdotiques et des péripéties bien mal exploitées. Hors de tout fil conducteur et de tout enjeu, ces séquences ne font naître aucune émotion. Le but était sans doute de rester fidèle au texte en donnant à voir sur le personnage, mais l'esprit n'y est pas.

Où est donc passé le Petit Nicolas ? Englué dans les bons sentiments et sa gomina. Tout est propre, lisse, léché, clinquant.

« L'humour ne se fait jamais sur la gentillesse, mais la colère ou l'aigreur perpétuelles sont aussi ennuyeuses que le gnangnan. On est pas là pour faire des cadeaux, mais aimer ce qui vous fait rire est le seul moyen de faire rire. » disait Goscinny.

LUCKY LUKE OU L'IMPOSSIBLE ADAPTATION...


Quelques semaines plus tard, l'oeuvre du scénariste devait connaître une nouvelle exposition sous les traits de Jean Dujardin. Lucky Luke ou l'impossible adaptation, après les versions de Terence Hill en western spaghetti, un échec, et la trahison pathétique d'Eric et Ramzy avec Les Dalton... Dujardin relève le gant avec beaucoup plus de panache que tout ce qui a pu être fait auparavant.

Malgré tout, le film comporte une faille -son scénario- et n'a pas attiré la foule escomptée en salle.

Quelle est cette folle manie de vouloir faire un film en compilant plusieurs albums ? En raboutant -forcément maladroitement- Calamity Jane, Jesse James, Billy the Kid, Daisy Town et Pat Poker chaque personnage n'a droit tout au plus qu'à une évocation, bien trop maigre pour défendre une caractérisation si poussée et dense que Goscinny avait choisi de consacrer une histoire à chacun ! Pourquoi ne pas chercher à rentrer, humblement, dans les pantoufles encore chaudes du créateur plutôt que de vouloir imposer sa vision du héros et des gags bien en deçà de l'original ?

Asterix a connu le même problème avec des adaptations très inégales. Astérix Mission Cléopatrefait figure d'exception entre toutes. Le talent de Chabat a opéré dans la démesure créant à la fois une oeuvre très personnelle et un film terriblement fidèle à l'esprit de Goscinny, contre l'avis des ayants droits à l'époque. Les autres films sont très premier degré et finalement très bébêtes.

La palme de la tartufferie est décernée sans conteste à Thomas Langman pour Astérix aux Jeux olympiques qui a joyeusement piétiné les héros et leur créateur à grands coups de gags foireux. Du Astérix industrialisé façon Mac Donald's servi tiède avec des frites molles, parfait produit marketing, déjà amorti avant sa sortie grâce aux ventes internationales. Du lourd, du très lourd : du lourdingue.

Astérix et le pognon magique : Depardieu aurait signé un contrat d'exclusivité avec Langman, garantissant au producteur-scénariste-réalisateur-(...) la possibilité de tourner un autre opus avec les mêmes comédiens. Il y a quelques années de cela Iznogoud adapté par Braoudé n'avait pas non plus fait d'étincelles...

POURQUOI PAS ASTÉRIX CONTRE GODZILLA TANT QU'ON Y EST !


Last but not least, Uderzo lui-même qui continue de publier régulièrement des albums, nous a gratifié d'un Astérix et les extra-terrestres (Le ciel lui tombe sur la tête) précédant de peu Spielberg qui a fait de même au cinéma avec Indiana Jones... Pourquoi pas Astérix contre Godzilla tant qu'on y est ? Astérix contre Indiana Jones ?

Hélas, Uderzo n'avait pas dit son dernier mot : avec L'anniversaire d'Astérix et Obélix il touche le fond et creuse encore à l'occasion du cinquantenaire du personnage. Le dernier album est une compil d'histoires courtes où reviennent les personnages des albums passés avec un humour facile et scato qui aurait fait mourir de honte son complice Goscinny. Mais la planche à billets fonctionne, alors...

Cette médiocrité ambiante démontre s'il le fallait encore qu'il y a un fossé entre le talent du scénariste Goscinny et de ses continuateurs ou adaptateurs. Je parlais de l'héritage que nous laissait ce créateur de génie mais beaucoup semblent prêts à prendre le mot au premier degré à se battre pour toucher leur part du butin...

Décidément, Iznogoud n'est pas si loin !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire