vendredi 18 décembre 2009

Avatar : James Cameron voit la vie en bleu

Après des années d'attente savamment entretenue par un marketing d'enfer et un teaser dévoilé lors d'une première exceptionnelle dans plus de 100 salles obscures, le dernier film de James Cameron sort enfin. Film événement, comme l'avait été ABYSS en son temps, dont le scénario n'est du reste pas si éloigné. AVATAR a du attendre les dernières avancées technologiques pour sortir des tiroirs de son inventeur de génie, une histoire sans surprise mais terriblement efficace.



Le film


Avatar est une fresque épique dont son réalisateur et scénariste assure qu'elle changera à jamais l'histoire du 7e art... En tout cas, elle fera date.

Première fiction de James Cameron depuis son mythique Titanic, ce film a du attendre les nouveaux progrès en matière de technologie avant de pouvoir voir le jour. Ainsi, la grande majorité des scènes ont été tournées en images de synthèse pour créer la planète Pandora, sur laquelle se déroule l’histoire. Les comédiens avaient passé des combinaisons qui enregistraient leurs mouvements, tandis qu'une caméra filmait leur visage recouvert de marqueurs pour reconnaître les expressions. Le réalisateur pouvait voir directement sur le combo les personnages virtuels recomposés par les ordinateurs.

Mais à la prouesse technique s'ajoute un savoir-faire en terme d'histoire, pour nous servir un blockbuster hollywoodien dont la morale dépasse pour une fois l'éternelle lutte du bien contre le mal.

Avec des références assumées aux univers d'Aliens, de Hellboy,de Hayao Miyazaki et de beaucoup d'autres encore (dont René Laloux, précurseur de l'animation française et créateur de La Planète Sauvage), la planète Pandora est d'une beauté éblouissante et d'une qualité technique irréprochable. On n'a jamais vu des images de synthèse aussi abouties, aussi détaillées, aussi réalistes, notamment en terme d'éclairage. Il aura fallu 5 années de production et 500 millions de dollars, le budget le plus cher de l'histoire du cinéma, pour obtenir un tel résultat. De la même façon qu'avec Abyss, James Cameron a été un précurseur, il est à nouveau à la pointe de la technologie avec Avatar. C'est une vraie claque visuelle.

Pour une fois la 3D n'est pas non plus un exercice de démonstration. Cameron a fait le choix de plans "classiques", sans effets de surgissement trop voyants. La profondeur de l'image apporte un plus esthétique discret, nous permettant d'être beaucoup plus proches des héros, au point d'avoir l'impression d'être embarqué avec eux dans certaines séquences, ou de percevoir un vrai danger, comme pour les sauts dans le vide et la sensation de vertige. La caméra virtuelle permet aussi au réalisateur des plans audacieux particulièrement payants en 3D (passage à travers des branchages, etc.)

258 salles projettent Avatar en 3D. Un record. Il faut dire que le parc de salles numériques s'est considérablement développé depuis ces trois dernières années. C'est aussi un choix du distributeur, car le dernier film en date à être sorti en 3D est Le Drôle de Noël de Scrooge, disponible dans 122 cinémas (sur 215 écrans). Au total, Avatar est à l'affiche de 720 salles ! Dès le premier jour, le film a rafflé la meilleure séance avec plus de 7600 entrées à la séance de 14h le mercredi.

L'histoire et la structure


Malgré sa paralysie, Jake Sully, (Sam Worthington) un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des "pilotes" humains de lier leur esprit à un avatar - un corps biologique commandé à distance -, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de Pandora.

La structure du film repose sur "le voyage du héros" ou la structure mythologique dont on identifie le cycle habituel. Joseph Campbell, professeur et écrivain, célèbre pour son travail dans les domaines de la mythologie et de la religion comparées, a établi une base narratologique destinée à construire des voyages initiatiques, en particulier pour les scénaristes. Il a publié pour la première fois sur ce sujet dans son livre Le Héros aux Mille Visages.
Ce voyage se résume à un cycle de 12 étapes dont on retrouve les prémisses dans tous les récits historiques et mythologiques. Son travail a influencé notamment George Lucas dans La guerre des Etoiles par exemple.

dans Avatar, Grace Augustine, interprétée par Sigourney Waever (le mentor) est une scientifique qui cherche à comprendre l'écosystème et les peuples de Pandora. Elle est à la tête des scientifiques qui gèrent les avatars.

Malgré ses réticences, Jake la convainc qu'il peut intégrer ce programme même sans avoir passé l'entraînement. De toute manière, il est le seul à pouvoir piloter l'avatar prévu à l'origine pour son frère jumeau, décédé au début du film. Perte de la famille : le héros n'a plus rien à perdre à s'embarquer dans l'aventure... ça ne vous rappelle pas La Guerre des Etoiles, par hasard ? Voilà pourquoi lui, le Marine en fauteuil roulant, hérite de ce rôle. En secret, Jake espère se payer l'opération qui lui rendra l'usage de ses jambes, car la mission est bien payée... Du moins c'est sa motivation première. Le colonel qui l'enrôle lui propose de jouer de son influence pour que cette opération lui soit offerte.
Le démarrage peut paraître assez long, mais il est pourtant plutôt assez vite expédié par rapport à la quantité d'informations qui nous sont données. Heureusement : l'arrivée des avatars va dynamiser enfin le parcours de notre héros.
Jake est mis en contact avec son avatar et en prend le contrôle rapidement. Ce faisant, il retrouve la marche et les sensations qui vont avec. Il est prêt pour sa première mission.

L'engagement dans l'aventure


Il débarque au milieu d'une jungle hostile pour une mission scientifique de reconnaissance, avec le groupe de scientifiques sous leur forme d'avatar. En tout cas à ce stade, c'est ce qui se déroule réellement, et ce à quoi il croit, comme en témoigne son journal de bord.

Mais Jake s'éloigne en observant la nature fantastique et ne prend pas conscience du danger. Attaqué par un monstre, il s'enfuit et perd son groupe : c'est le véritable élément déclencheur de l'Aventure. Il se perd, mais trouvera les autochtones avec lesquels son destin changera. On retrouve une scène identique dans le film Ratatouille, quand Rémi perd sa famille dans le méandre des égoûts...

Sa première nuit dans cette forêt (la première épreuve en solo) est sur le point de tourner au cauchemar : il est attaqué par une meute de loups. Heureusement pour lui, Neytiri, une très belle Na'vi, lui sauve la vie. Elle n'a pas confiance en lui, mais les forces de la nature de Pandora semblent l'avoir choisi : une myriade de "graines d'arbre sacré" se pose sur Jake, un signe qui ne trompe pas et qui lui permet de continuer son chemin... Jake est en quelque sorte l'élu ("Wake up, Neo !"). Il fait la connaissance du peuple de Neyriti, les Na'vi. Là encore, sa position d'élu lui permet d'être accepté par le groupe : il prétexte en effet vouloir apprendre leur culture.

De retour au réel, Jake rapporte sa rencontre avec Neytiri et l'endroit où il s'est endormi : exactement dans l'arbre immense qui abrite les Na'vi. Le responsable du groupe industriel lui apprend qu'ils projettent d'abattre cet arbre qui se trouve sur le plus important gisement de minerai de la planète. Jake retourne parmi les Na'vi pour les convaincre de quitter leur arbre afin de laisser place aux bulldozers. Cela induit un léger changement d'objectif : sa mission n'est plus scientifique, mais bien diplomatique pour le compte du groupe industriel. Ce qui ne le gêne pas le moins du monde.

S'ensuit alors une série d'apprentissages des connaissances et talents qui lui seront utiles pour survivre sur Pandora - notamment, comment tomber de la cîme des arbres, une séquence de préparation qui servira lors du combat final. Guidé par Neytiri, il passe toutes les épreuves plutôt vaillamment. On découvre ainsi la planète, ses coutumes, sa faune, ses paysages et son peuple, dont Jake finit par gagner l'estime - même auprès des plus réticents comme le frère de Neytiri.

Grace a compris qu'elle ne pourra pas empêcher Jake d'être manipulé par les militaires et les industriels : elle décide de rejoindre un labo en pleine jungle d'où ils pourront piloter les avatars, un moyen de soustraire son cobaye à l'autorité du colonel. Car Grace poursuit toujours son but de protéger et mieux comprendre cette planète et renouer avec les Na'vi. Car après avoir essayé de les "civiliser" en apportant routes, écoles, culture terrestre, les colons ont été rejetés par le peuple autochtone.

Le mythe du super guerrier


Pendant que Jake apprend à être un Na'vi, Neytiri lui raconte que l'un de ses ancêtres a réussi à maitriser le dragon sauvage qui menace parfois son peuple lorsqu'ils volent sur leurs montures apprivoisées. Auréolé de gloire pour cet exploit, son ancêtre avait réussi à fédérer tous les peuples de Pandora. C'est exactement le même schéma dans Matrix : un élu super guerrier, et la légende ou la prophétie qu'il libèrera les protagonistes de l'asservissement dans lequel ils se trouvent.

Pendant les 3 mois de la mission, Jake et Neytiri se sont beaucoup rapprochés et ils se troublent mutuellement. Cette révélation est pour Jake le début de l'évolution qui l'amène à changer de camp. Par ailleurs, Jake prend goût à cette nouvelle vie qu'il s'était promis à lui et au spectateur en ouverture du film. Les fréquents retours à son corps humain le ramènent à sa condition de paraplégique. Pour le spectateur, ces allers-retours coupent parfois un peu l'émotion, mais ils ne sont jamais gratuits car Jake exprime la transformation de son conflit interne dans les phases où il est "humain".

En bon marine qu'il est, Jake fait régulièrement un compte-rendu de sa mission au pool scientifique et aux militaires. Le temps imparti est vite écoulé. Le colonel lui demande de plier bagages et de laisser place aux troupes.

A ce stade, Jake est largement imprégné par la culture des Na'vi. Un conflit diffus s'installe, mais le colonel lui propose clairement un choix. C'est un test de son engagement. Le fait qu'il soit un Marine n'est pas un hasard : c'est le soldat héros par excellence pour les américains. On se doute que sa volonté sera sans faille. Jake est poussé aussi par l'envie de retrouver l'usage de ses jambes, c'est d'ailleurs la carotte qu'agite à nouveau le colonel pour nous rappeler la motivation de Jake, alors qu'il se met à douter du bien-fondé de son action depuis quelques temps.

Il sait qu'il sera entendu du colonel s'il lui parle un langage qu'il comprend : Jake évoque le fait qu'il souhaite passer la cérémonie qui fera de lui un guerrier Na'vi. Il laisse s'imaginer à son supérieur que les Na'vi l'écouteront une fois qu'il sera l'un des leurs. Sa mission diplomatique sera alors terminée. En fait, Jake sait déjà qu'il est proche du point de non retour... Bien que la réponse apparaisse comme positive, elle est en faite négative.

Il devient donc un guerrier, avec les prérogatives qui vont avec : il peut prendre une femme et choisit bien sûr Neytiri. Ils font l'amour au pied de l'arbre sacré et s'endorment ensemble.

L'heure du choix


Jake revient à son apparence humaine et reprend des forces, sans se douter de ce qui se trame au petit matin : les bulldozers sont entrés en action et abattent l'arbre au pied duquel dorment son avatar et Neyriti. On peut voir dans cette image une allégorie biblique : Adam et Eve ayant croqué la pomme, c'est-à-dire ayant commis le péché originel, sont chassés du paradis. Cause et conséquence immédiate, pour mieux renforcer l'effet. Lorsque Jake revient enfin dans la peau de son avatar, Neytiri l'implore de faire quelque chose. L'avatar de Jake bondit sur le bull et saccage les caméras qui lui permettent d'avancer. C'est le point de non retour.

L'engagement du héros tenait à sa conviction de bien faire en tant que soldat. On comprend que l'objectif change : il faut protéger les Na'vi dont il fait à présent partie. Jake n'est plus un Marine.

Le "non retour" pourrait apparaître comme une notion relative, dans la mesure où le héros n'a qu'à sortir du scanner où il se trouve pour revenir au réel - même si c'est au prix de l'abandon de son avatar en pleine jungle. C'est bien le Jake humain qui choisit une cause plutôt qu'une autre à ce moment là. D'ailleurs c'est sous son apparence humaine que ce choix est à chaque fois réaffirmé.

La question de "la perdition" est toujours présente dans la bouche du colonel : "Tu t'es trouvé un bon coup et t'a pas eu envie de revenir ?". Jake nous montre qu'il apprécie plus cette vie que la sienne de soldat en chaise roulante... Au fond, le choix était un peu évident, puisque rien ni personne ne le retenait plus dans le monde réel. Sans doute y aurait-il eu là quelque chose à consolider du point de vue du scénario.

Au centre de commandement, le colonel reconnaît l'avatar de Jake sur la dernière vidéo du bull et décide de mettre fin lui-même à l'expérience en débranchant Jake de son scanner.

L'offensive du complexe industriel peut se poursuivre avec l'armée. Malgré tout, Jake et Grace arrivent à convaincre le responsable qu'il faut au moins prévenir les Na'vi pour éviter que des enfants ne soient blessés ou tués dans l'opération. Avec son feu vert, Jake et Grace reprennent leurs avatars.

Sur place, Jake est obligé d'avouer la raison de sa mission. La trahison est totale et cet aveu inutile : les troupes entrent en action et l'arbre est abattu. Les Na'vi sont en exil. Dans le chaos, le père de Neytiri meurt après avoir décoché quelques flèches contre les machines. Neytiri rejette Jake qu'elle désigne comme responsable. Les militaires débranchent à nouveau les Avatars et mettent tout le monde aux arrêts. C'est la crise de fin d'acte : les héros sont au plus bas.

Rédemption et dernier acte


Le groupe parvient à s'échapper grâce à la complicité d'une pilote, qui leur permet de retrouver le camp dans la jungle. Malheureusement Grace est blessée par balle. Jake fait appel à la force de Mère Nature (Neywa), pour que l'arbre sacré puisse "charger" l'âme de Grace dans son avatar. Cette séquence prépare le final. Grace étant trop faible, elle décède. C'est la disparition du mentor(oui, comme Obi Wan Kenobi...) une fois que le passage de témoin a eu lieu, le mentor n'a plus de raison d'être.

Jake a compris qu'il devait réparer ses dégâts et fédérer tous les êtres naturels de Pandora, animaux y compris. Après une communion avec l'arbre sacré, il décide d'aller prendre le contrôle du dragon sauvage (qui sera en quelque sorte son talisman) pour accomplir la prophétie et devenir le super-guerrier.

La contre-offensive reprend de plus belle. Cette guerre des arcs et des flèches contre les machines s'organise avec le renfort de tous les peuples et de la faune sauvage de Pandora. Tout l'écosystème réagit, à la manière d'un système immunitaire. La métaphore n'est pas trop forte : Grace avait déjà prophétisé que les arbres agissaient comme un réseau, et toute la nature comme un cerveau...

Au terme d'une bataille épique, le colonel sans scrupule est puni par la flèche vengeresse tirée par Neytiri. Jake échappe de peu à la mort : une autre figure récurrente du voyage du héros, qui doit mourir pour renaître symboliquement, vierge. Il survit grâce à Neytiri.

Final : les humains repartent sur leur planète polluée. Une occasion de plus pour enfoncer le clou sur le laïus écolo-politique du film, de façon cependant moins pataude que dans Abyss. Jake décide de rester dans la peau d'un Na'vi : il se soumet au rituel qu'il avait tenté pour Grace, avec succès cette fois...

(Article rédigé pour Scenaristes.biz)

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