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samedi 26 janvier 2013

[SCENES] Brigitte, directeur d'agence : aussi ennuyeux qu'un contrôle fiscal.

Image BilletReduc
Attiré par le nom de Virginie Lemoine, son grain de folie et son passé de sketch-woman, je suis allé voir la pièce Brigitte, directeur d'agence au Vingtième Théâtre. En rentrant devant mon ordi, je regarde si je suis le seul sur la toile à publier une mauvaise critique et je m'aperçois que le Figaro, Première, Purepeople, et sans doute d'autres sont plutôt enthousiastes. Je pense que n'avons pas du voir la même pièce.
Ou alors suis-je vraiment mauvais public ?

LE PITCH. Damien est directeur d'une agence immobilière qu'il dirige avec humanité. Obnubilé par le devenir de sa fille au collège tandis que sa femme est en voyage professionnel, il fait face avec maîtrise aux demandes de ses clients. Son secret : à chaque fois qu'il est stressé, il s'habille en femme et devient Brigitte. Une dimension parfaitement acceptée par sa femme mais aussi par ses fidèles clients. La société de Damien va subir un contrôle fiscal. De la confrontation entre un homme libre qui assume sa particularité et un inspecteur des impôts psychorigide et enfermé dans une vie douloureuse, naît un discours sur la tolérance entre rire et drame.

CRITIQUE. En fait, le pitch est à l'image des failles de la pièce : chaque fois qu'il y a du conflit, le personnage fuit. En cela, la pièce est remarquable de vacuité. Dès qu'une situation pourrait donner lieu à un conflit profond, on reste à la surface de l'écume, on évite le conflit psychologique personnel, on use d'artifices pour en sortir.
Aucun personnage ne vient perturber cette douce mélodie d'ascenseur. Ni Lucie, la secrétaire, dévouée, sous la coupe du patron qui accepte tout sans broncher : son travelotage, les grands cris dans son dos pour la faire sursauter, ses ordres. Ni le client récurrent qui vient pour acheter n'importe quoi (un box de garage, un appartement, un plateau sur le champs, un bateau...) qui accepte tout également : le café infect, le travelotage du patron, la présence de l'inspecteur des impôts qui irrite tout le monde avec sa sonnerie de portable. Personne ne fait de vague. Les conflits avec cet inspecteur caricatural (on est forcément austère, bêtement soupçonneux, colérique quand on travaille au centre des Impôts) sont d'ailleurs bien légers. Des conflits pour la forme uniquement avec des procédés vus et revus. Un bien pâle contrôleur quand on se souvient du Dîner de cons.
Le propos met un temps infini à s'installer en nous présentant le personnage central dans un quotidien qui nous lasse. Il ne se passe rien sur le plan des conflits moraux. La "double" identité de Damien est mal gérée et ne sert à rien. On aurait très bien pu imaginer la même confrontation entre un homme "bien dans sa vie" au point d'être trop cool face à un homme fermé, rigoureux mais engoncé dans son amertume, et que chacun apprenne de l'autre au final.
Même quand le contrôleur découvre pour la première fois Brigitte, son étonnement est muet. Il faut attendre le dernier acte pour arriver au coeur de ce qui semble être le propos : vous êtes libre, vous qui assumez de vous déguiser en femme alors que moi, pauvre inspecteur austère, je subis ma vie. Alors pour tenter d'être libre l'inspecteur des impôts arrivera à son tour grimé pour s'apercevoir que sa liberté ne réside pas en ce procédé. Ouais... Faut s'accrocher aux accoudoirs pour se retenir de partir en pleine représentation et pour avaler ce prêchi-prêcha mièvre et miséreux. Et je ne parle même pas de l'incohérence dans la progression psychologique des personnages. Au secours !
C'est d'autant plus dommage que les comédiens tiennent plutôt la route dans ce désert de Gobi textuel...


mercredi 26 septembre 2012

[THEATRE] Qui aime bien trahit bien (le public).

Je ne suis pourtant pas trop difficile en matière de théâtre : un bon texte, bien interprété. Est-ce que cela pourrait devenir le minimum syndical, svp ? Dans cette pièce, l'énergie des comédiens peine à faire oublier la vacuité de la situation et du texte. Le principal ressort comique de la pièce est le personnage de Seb, grande folle délurée (on passera sur le cliché au théâtre, après tout j'en connais des comme ça... et puis l'humour "camp" et bitchy, ça peut fonctionner aussi...). Le problème est que Seb est absent durant la seconde moitié de la pièce. De quelques rires esquissés ça et là, on tombe à l'ennui profond durant la suite. Ni les numéros de strip-tease grotesques, ni les engueulades, ni les jérémiades criardes n'arrivent à nous dérider. Pourtant, sur cette situation du parasite qui tape l'incruste, il y aurait beaucoup à faire. Mais encore faudrait-il que les personnages soient bien construits : tous dotés d'un but, d'une psychologie, d'obstacles : le B-A de la dramaturgie, quoi. Il naîtrait peut-être un autre comique que ces gesticulations insupportables. Malgré tout, j'aimerais bien voir certains comédiens avec un bon texte, je pense qu'on pourrait avoir de bonnes surprises car il y a une certaine énergie... Vu à Alambic Comédie.

samedi 8 septembre 2012

[THEATRE] Les menteurs : ne vous laissez pas avoir !


Chargés d’annoncer une mauvaise nouvelle à deux personnes âgées au cœur fragile, deux braves « bobbies » appuient sur la sonnette d’un petit pavillon le soir de Noël... La maladresse des deux policiers n’égalant que leur absence de jugeotte, l’affaire prend rapidement une tournure des plus burlesques.
Ca, c'est le pitch.
Mais le résultat est loin d'être comique. Consternant, même. Chevallier-Laspalès, je peux être client même si je trouve que leur humour a pris un peu un coup de vieux. J'aime leur côté décalé, absurde.
Mais dans cette histoire adaptée d'une pièce anglaise, rien ne fonctionne. A commencer par le script. Avec un sujet éminemment dramatique et glauque comme situation de base pour un boulevard, quelque chose nous glace d'entrée de jeu. Enfin l'humour, ras des pâquerettes, sans bon mot, sans belle tirade, sans aspérité. Des comédiens au jeu assez moyen, en train de faire un peu n'importe quoi pour essayer de ne pas se noyer dans cette vacuité profonde.
Jean-Luc Moreau, qu'on a connu plus inspiré, n'a pas vraiment pu y faire grand chose. On verse dans la vulgarité, c'est lent à se mettre en place à évoluer, c'est convenu, sans surprise.
C'est mauvais, très mauvais. Zéro pointé.

mardi 24 avril 2012

Pour lui : une boite de Lexomil et au lit !


écrit par Andreas Dresen et Cooky Ziesche
réalisé par Andreas Dresen

Franck, la quarantaine, en bonne santé, apprend une terrible nouvelle qui va profondément ébranler sa vie. Comment une famille ordinaire frappée par un évènement extraordinaire va-t-elle apprendre à célébrer, pour lui, la vie avant tout ?

Dans le glauque et le sordide, 5 étoiles. Le film nous montre avec un réalisme proche du documentaire la déchéance d'un homme atteint d'une tumeur au cerveau.
Certains rôles sont interprétés par de vrais médecins ou intervenants médicaux pour mieux renforcer l'immersion dans le cinéma-vérité. De la perte de la mémoire et des troubles physiques jusqu'à la dépendance totale et aux toilettes intimes, on suit le calvaire de la famille qui doit continuer à vivre malgré tout avant de se mettre au diapason d'un mort en sursit qu'il faut suppléer en tout.

Il subsiste une toute petite étincelle quelque part nous disant "non mais c'est du cinéma, hein !". La preuve avec l'apparition de la tumeur selon le même procédé que le film de Blier "Le bruit des glaçons" qui m'a davantage plu grâce à son propos et son traitement. La preuve aussi avec le protagoniste qui se filme avec son Iphone afin de capter encore les parcelles de vie qui sont à sa portée, comme un ultime témoignage (pour qui ?).

C'est dur, c'est déprimant, donc c'est un bon film pour Cannes entre deux coupettes de champagne sur la Croisette afin de rappeler aux festivaliers que la vie c'est dur... Résultat : prix un certain regard. L'affiche nous dit : "Le film émotion de Cannes". Ah ?

Loin d'un film comme "La guerre est déclarée" plus lumineux ou "Oxygène" réaliste mais émotionnant, "Pour lui" nous prend en otage et nous oblige à nous apitoyer sur le destin d'un homme et sa chienne de vie. A part militer pour le suicide organisé et l'euthanasie, ce genre de film est au service de quel idéal, au fait ? Personnellement, je reste étranger à l'océan de douleur qu'on m'impose, je reste à ma place de spectateur du drame, sans empathie, avec juste le désir d'en finir pour aller me changer les idées. Saluons quand même les comédiens qui sont d'une justesse remarquable.