écrit par Jean-Claude Grumberg
mise en scène Johanna Nizard
avec Etienne Coquereau et Renaud Danner.
Ces treize saynètes à deux voix, installées dans la vie quotidienne, commencent toutes par “ça va ?” ou par “bravo !”. De ces mots banals découlent des échanges amusants et rythmés qui mettent en question la pertinence des formules toutes faites. Quiproquos et jeux de mots se succèdent sans répits.
Je suis allé voir cette pièce après avoir été voir un film art&essai au Lucernaire. En regardant le site du ciné, je suis tombé sur les pièces qui passent actuellement. En fait, le Lucernaire, je connaissais sans y avoir jamais mis les pieds... J'ai mes habitudes dans d'autres cinémas et je n'avais jamais vraiment eu l'occasion de me pencher sur leur programmation. C'est donc un peu au hasard que j'ai découvert ce spectacle.
"Si ça va, bravo" est une pièce qui m'a attiré par l'idée de découvrir des dialogues indépendamment d'une histoire, d'écouter un texte plus que d'apprécier une performance d'acteur. Finalement, la pièce m'a pris à contre-pied. J'y ai découvert une performance d'acteur avant d'en apprécier les dialogues, pourtant très bons. Je découvre que l'auteur est aussi un scénariste de talent dont j'ai vu certains films sans en retenir le nom. Que voulez-vous... Alzheimer, ça vous prend parfois très tôt, comme l'inculture.
Les échanges sont drôles, confinent parfois au non-sens, mais surtout ils sont joués avec talent par deux comédiens qui pour l'un d'entre eux ne m'était pas tout à fait inconnu. Renaud Danner fait partie de ces acteurs qu'on apprécie dans des apparitions de ci de là à la télé ou au cinéma sans qu'on sache son nom.
Une simple toile tendue au fond de scène se rapproche du spectateur au fur et à mesure que la pièce se déroule, réduisant ainsi l'espace scénique. En liberté dans cet espace, sous des lumières blafardes, ils s'invectivent, échangent, parfois avec le débit d'une mitraillette, tantôt se lancent dans un pas de deux comique. Les transitions d'une scène à l'autre se font dans un silence religieux, presque déstabilisant, mais qui traduit aussi l'aspect interchangeable des rôles, des répliques. Dans la banalité des échanges et parfois les silences, les comédiens logent le malaise, une intention, une réaction. Le public attend, tendu vers la prochaine réplique.
Un instant, on pense aux tropismes de Nathalie Sarraute et à sa pièce POUR UN OUI OU POUR UN NON où deux amis se déchirent pour une intonation d'un banal "c'est bien, ça !".
J'ai particulièrement rit à la scène où un acteur raté devenu professeur d'art dramatique en banlieue vient féliciter un comédien après une représentation en le noyant sous les compliments, alors qu'en fait, son interlocuteur n'a de cesse de lui faire comprendre qu'il était un simple spectateur comme lui.
http://www.lucernaire.fr
Le texte de la pièce :
http://www.actes-sud.fr/catalogue/pieces/si-ca-va-bravo

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