La grande librairie. France 5.Grande, grande... Toute petite, niveau audience, oui. Si on n'attend pas d'une émission littéraire qu'elle casse la baraque des parts de marché ni qu'elle se retrouve dans le top 5 du Mediamat, les chiffres de "La grande librairie" tiennent de la catastrophe industrielle. Je m'interroge toujours sur ce qu'est une "bonne émission culturelle" et en particulier une "bonne émission littéraire".
Saluons le courage de FTV d'oser parler littérature à cette heure là, en prime. Mais là où les magazines en rediff sur France5 attirent dans les 500.000 téléspectateurs en moyenne, ils sont 300.000 devant une émission littéraire.
Je me dis qu'il se vend 400 millions d'ouvrages en France chaque année dont 25% de romans. Un quart des français achète plus de 5 livres par an... Ca fait donc un public potentiel important pour une bonne émission qui parle de bouquins, de culture, qui se veut accessible. Ils sont où ces gens là ?
- Ils regardent pas la télé, ils lisent.
- Bon d'accord... Quand à moi, je préfère encore surfer sur le web.
A FTV on vous dira sûrement que l'émission ne démérite pas par rapport à l'audience moyenne de la chaîne, qu'elle progresse même : partie de 100.000 téléspectateurs, elle a donc triplé son audience ! Trois fois zéro égal... ? Egal zéro. Ou Café Picouly, qui a en son temps été trappée avec 200.000 téléspectateurs et des parts de marché identiques (0.7 / 1.5 %). On aimait ou pas le séquençage et le parti pris du café...
Malgré un bel habillage, n'a-t-on jamais fait plus soporifique, plus pompeux dans l'expression de la culture, aussi poussé dans la pratique de l'entre-soi, aussi peu attractif que La Grande Librairie ? Ah si : dans le genre des émissions où 5 invités parle d'eux - donc de culture - sur un canapé (genre très courant sur le service public) "Avant-premières" avec Elizabeth Tchoungui a également battu les records d'audience négatifs (1,9% et pas sur la TNT mais sur France2) avant de tenter de remuscler un peu la formule ce qui n'évitera probablement pas qu'elle soit enterrée à la fin de la saison. Il s'agissait pourtant d'un format jugé "innovant" par FTV qui avait viré FOG pour ce faire nonobstant des audiences encore honnêtes (mais surtout pour des raisons politiques, ne s'en défende Rémy Pfimlin...).
"La grande librairie" est un effort louable pour donner la parole aux auteurs. Le service public ne ménage d'ailleurs pas ses efforts dans le domaine en mettant à l'antenne beaucoup de formats différents, sur tous ses canaux. Les émissions où les auteurs ont le temps de s'exprimer sont rares. Celles où ils sont bien traités aussi. Surtout lorsqu'ils ne sont pas assez "bons clients" ou "bling-bling" pour les show comme On N'est Pas Couché.
Mais en faisant de "La Grande Librairie" un pouding indigeste, tous ces beaux objectifs volent en éclat. Pour une fois que la littérature passait en prime time... Littérature et télévision, les meilleurs ennemis du monde ?
Est-ce la littérature qui peine à intéresser le spectateur ? Apostrophes, en son temps, rassemblait entre 2 et 4 millions de spectateurs à 21h35... "Autre temps" me direz-vous, mais même contenu malgré tout !
Et si le succès d'une émission littéraire reposait uniquement sur son présentateur et ses chroniqueurs ? On venait autant pour Pivot (et parfois plus) que pour les invités, comme on venait pour Polac. En son temps, même avec un public confidentiel, sur Paris Première avec le Jean-Edern's Club ou sur M6 avec A l'ouest d'Edern, Hallier arrivait au moins à créer le buzz. PPDA et Vol de Nuit réunissait 500.000 fidèles après midnight, aujourd'hui Michel Field compose de bons plateaux et draine le même monde vers 1h du mat.
Pas un très bon signe pour François Busnel, tout ça ! D'autant que son autre émission de "Carnets de Route de François Busnel" s'est plantée dans les mêmes largeurs. C'est le personnage qui dérange ? Trop mièvre, lisse, indipide ? Trop passe-plat ? Dans le même genre Frédéric Ferney ne faisait guère mieux en journée avant 2008 avec "Le bateau livre" toujours sur France5...
Pour ce qui est de la culture populaire, je suis de ceux qui pensent - comme Ardisson par exemple - que la culture de service public, ce n'est pas 5 types assis sur un canapé qui parlent de leurs souvenirs de 39-45 (comme cette semaine dans LGB) mais d'être capable d'interviewer un prix Nobel ou un auteur entre un humoriste et une bimbo-grololo. Vouloir le meilleur pour le plus large public, en composant des plateaux divers, en considérant que la culture, c'est autant les auteurs que la chanteuse pop. Ce n'est pas un hasard : aujourd'hui ce sont les émissions de divertissement qui sont les plus prescriptrices en ce qui concerne les achats de livres, mais force est de reconnaître que ce ne sont pas celles qui en parlent le mieux. En revanche, on peut aussi parler culture et écouter des auteurs dans un débat d'actu comme chez Taddéi (Ce soir ou jamais).
Aujourd'hui, a-t-on vraiment envie d'entendre parler un, une brochette d'auteurs pendant une heure ? Pas sûr. Alors on ruse... "Un livre un jour" donne la parole aux auteurs en 60 secondes : 2 millions de spectateurs pour ce "short" coincé à 17h20 entre deux programmes. Même succès pour le copy-cat "Dans quelle éta-gère ?" sur France2 disponible dans une version allongée sur le web. Ces programmes remplissent leur office... ou servent de cache misère, c'est selon !
Quand bien même resterait-on dans la "culture" avec un grand C (celle qui ne fait pas se boucher le nez le Télérama-teur) pour moi "une grande librairie", ce serait celle qui propose des romans, des essais, des bande-dessinées, des beaux-livres, des ouvrages pour enfant, des guides de voyages, de cuisine. Bref : qui traite de tous les livres.
C'est celle qui n'oublie pas les auteurs indépendants qui trouvent parfois leur salut dans les e-books et qui n'ont pas de plan média. C'est celle qui n'oublie pas de donner la parole aux lecteurs, de prendre le pouls dans les salons du livre, de critiquer les petites combines du milieu ou des prix littéraires, de lancer la polémique et le débat, d'exhumer des trésors des archives de France pour nous les présenter, de nous rendre accessible les plus belles bibliothèques privées ou publiques, de traiter l'actualité des éditeurs, de tout un secteur économique qu'on peut voir aussi parfois avec un traitement à la "Capital".
Et si possible qui nous parle de tout ça avec entrain, décontraction, humour, sans se prendre au sérieux.
2012 : on continue à espérer une télé qui se mette au service du livre comme l'écrivait Marianne en début d'année, même si le genre n'a jamais été autant présent sur nos écrans.
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