Vue sur Paris Première, la pièce d'Eric Assous. Avec Bernard Tapie et Romane Portail.
Dans le reportage précédent la diffusion de la pièce, B. Tapie le dit lui-même : pour lui le théâtre est une expérience collective qui l'autorise à donner son avis sur tout. Il réécrit le texte, se met en scène (direction artistique et production : Philippe Hersen), se mêle de l'habillage sonore, des lumières, du décor, de tout.
Face à lui, sa partenaire, Romane Portail a " le droit de donner [mon] son avis". Peut-être devrait-il d'avantage l'écouter pour ce qui est des conseils. Et l'écouter jouer. Parfois plus juste que lui quand elle ne se laisse pas embarquer dans la combine à Nanard.
A trop vouloir penser qu'on a raison et qu'on est un génie en tout, le jeu de Tapie s'en ressent : il joue comme il est, imbu de lui-même. Pourtant, au début, il incarne précisément un personnage fat et mythomane. C'est un vieux beau correspondant à son image des Guignols de l'Info, sa caricature. Il a tordu le texte de la pièce en ce sens.
Il pouvait exceller dans cette caricature pour se moquer de lui-même, mais le jeu est trop imprécis pour cela. L'image lui colle trop à la peau. Est-ce un personnage que l'on voit, ou bien le vrai Tapie qui joue sa propre caricature ? Cette absence de distanciation est troublante et ne produit pas le meilleur effet. D'autant que les "sorties de route" volontaires entretiennent cette impression.
J'ai eu le sentiment qu'il gâchait son talent et la pièce avec, hélas. Tapie est en roue libre, personne pour le rappeler à l'ordre, pas même quelques erreurs de texte qu'escamote sa partenaire. Pour avoir repris le rôle rapidement, elle aussi n'est pas à une gaffe près. Complice, il en rajoute, ils en rient, le public n'est pas dupe et s'amuse mais on perd un peu la dynamique du texte et surtout les personnages.
Tapie le dit dans le reportage : "Ce n'est pas grave si on se trompe, les spectateurs vont pas nous engueuler...". Non, rien de grave en effet, juste le fait de ne pas en avoir pour son attente (à défaut d'argent puisque ce soir je ne paye pas ma place...) et d'être agacé par le fait d'être pris pour un con qui est sensé tout accepter de sa sainteté. Alors comme tout ceci "n'est pas grave", les comédiens (lui surtout) débitent le texte sans nous convaincre que leurs personnages croient une seconde à ce qu'ils vivent. Parfois on se surprend à dire "tient, là il est bon.".
Mais ça joue trop souvent comme pour un mauvais boulevard. Effet dévastateur, on se tient à distance de la situation qu'on veut nous vendre. Parfois, la comédie est une chose sérieuse. Et le cabotinage a ses limites. Pas mal d'effets comiques dans la pièce tombent à plat. On sourit. On rit beaucoup plus rarement. Question de précision, de timing souvent.
Le texte (pour ce qu'il en subsiste) d'Eric Assous méritait sans doute mieux question distribution. Si l'on accepte les rebondissements de la farce, parfois attendus, on s'amuse des situations et des répliques sans que cela soit le grand éclat de rire. En tout cas, le texte méritait peut-être qu'on le respectât plutôt que de tenter de le mettre à sa botte. Cela méritait un effort de composition supplémentaire. C'est d'autant plus rageant que Bernard Tapie n'est pas un mauvais comédien comme le pensent beaucoup de gens. En tout cas, je trouve qu'il peut être d'une sincérité désarmante quand il est dirigé et qu'il s'applique. C'est un animal médiatique fait pour être sous les feux de la rampe, mais sans doute le sait-il trop. Sa vie est assez riche pour qu'il puisse aller y puiser les émotions nécessaires afin de nous donner l'illusion qu'il croit à ce qu'il fait.
Le joli moment d'émotion de fin, bien que tenu plutôt justement par les deux comédiens a du mal à rattraper le dilettantisme et la farce du début. Il arrive dans le texte avec ses gros sabots, quelque chose ne marche pas.
J'ai regretté ne pas avoir pu apprécier la version jouée en 2004 par Alain Delon et Astrid Veillon que je vais me mettre à chercher en DVD ou Download pour comparer...

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