« D'abord, c'était quand la dernière fois que j'ai vu Jim Carrey ? Hum ? Braqueurs amateurs de Dean Parisot (2005). Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004) The Truman Show de Peter Weir (1998) et avant ça, The Mask, il y a... houlà ! Là mieux vaut ne plus compter. ».
Ce qui avait provoqué cette introspection, c'est le plan média maousse costo concocté par Luc Besson, producteur du film et maître Yoda incontesté du Monde de l'Univers question marketing.
La tournée des popotes comportait un hommage à la cinémathèque française pour Jim Carrey et une remise de médaille rue de Valois(ce qui dans l'absolu ne doit plus être très difficile à obtenir puisque Frédéric Mitterrand semble vouloir remettre une médaille à chaque people étranger de passage à Paris pour sa promo, sans doute pour tenter de battre le record officieux toujours détenu par Jack Lang...). Notre Ministre a pu lancer un « I love you Jim Carrey. I love you Ewan Mc Gregor » auquel ont répondu les comédiens en s'embrassant goulument sous l'oeil gourmand des photographes, mais pas que... Et puis après tout, il a raison, le Ministre.
Communication ou pas, qu'importe. (Après tout j'extrapole, vous connaissez ma mauvaise foi !) L'hommage à Jim Carrey à la cinémathèque est amplement mérité car c'est un comédien qui vaut bien plus que l'image de trublion surexcité qu'on lui colle volontiers. On le compare souvent au gag man Jerry Lewis, pourtant, le comédien est bien plus que cela : très peu possèdent un tel éventail, allant de la folie furieuse à la noirceur, la capacité à jouer de son corps et à passer du rire à l'émotion instantanément. En France, peut-être José Garcia pourrait-il être le pendant de cet extra-terrestre venu du Canada ?
La véritable rencontre entre le public et Jim se passe lorsqu'il intègre l'équipe du Saturday Night Live, temple du gag et du non-sens, où il se livre aux pitreries les plus folles - la référence à José Garcia époque Nulle Part Ailleurs n'était pas innocente – que ce soit en loser de boîte de nuit, en trublion burlesque en prof de gym improbable ou encore en maître nageur sur les bords d'un jacuzzi. Matez les extraits vidéos, ca vaut le coup d'oeil...
Et puis arrive la carrière qu'on connaît, avec ses hauts et ses bas, des films parfois très moyens où le nom de Jim Carrey est le seul argument de vente. Puis Carrey a l'occasion de jouer dans quelques rôles plus sérieux qui lui donnent l'occasion d'explorer les nuances et les silences. Pour ces rôles, il reçoit encore récompenses et reconnaissance. Il a été le roi de l'audience à la télé, le roi du box office au cinéma, et a tourné auprès des meilleurs. Dans son rôle de Mr Loyal, il fait des miracles, regardez l'hommage qu'il rend devant le gotha hollywoodien (il faut oser !), à sa partenaire Meryl Streep, qui ne sait plus où se mettre.
Sans être un grand fan, j'étais donc plutôt impatient de retrouver Carrey dans ses oeuvres, dans un film très attendu pour tout un tas de raisons. Après tout, n'était-ce pas le scénario qu'Hollywood n'avait pas osé produire et dont avait hérité le tycoon français Luc Besson ? J'ai foncé au cinoche, en n'oubliant pas ma carte d'identité (depuis qu'UGC envoie les flics pour sortir des gamins des salles de cinoche, je me méfie !)
Bien que la (mauvaise) bande annonce laisse présager une grosse comédie un peu lourdingue entreCage aux Folles et Dumb & Dumbers, sur fond de Attrape-Moi si Tu Peux, I Love You Phillip Morris est en quelque sorte la synthèse des talents de Carrey. Ombres et lumières. Folie et drame. Humour et gravité. Pour ceux qui s'attendaient à ce que Carrey nous fasse son show façon grosse poilade, c'est raté. C'est même tout le contraire : il nous cueille par sa drôlerie sans nous lasser, et nous étonne par la densité de son jeu dans le grave.
Steven Russell est un homme marié et père de famille conventionnel. Flic, bon catholique, le parfait good guy. Pourtant, les prières de sa femme le lassent. Est-ce le fait qu'il ait été abandonné à la naissance et adopté ? On sent très rapidement chez le personnage une certaine instabilité. Enfermé dans un système, il décide malgré tout de vivre comme il l'entend à la suite d'un grave accident de voiture. Il peut enfin assumer son homosexualité. Steven enchaîne les amants et pour leur faire plaisir, il leur achète beaucoup de cadeaux grâce à des arnaques.
Il est alors envoyé en prison au Texas et là, il tombe amoureux de Philip Morris, le détenu qui partage sa cellule. Ce dernier est libéré avant Steven, qui est prêt à tout pour retrouver son amoureux, et notamment à s'échapper jusqu'à quatre fois de prison...
Une histoire vraie ! C'est l'argument de vente imparable présent dès le générique, parce que la vérité paraît toujours plus vendeuse, surtout quand on nous propose de l'incroyable... C'est ce qu'on dit n'est-ce pas ? « On le mettrait dans une fiction, que personne ne le croirait ! ». Souvent, nous nous le disons à tort, parce que la vie ne nous permet pas de saisir le moi et le surmoi (et donc les motivations profondes) de chaque protagoniste d'un fait divers sensationnel... Ni d'accepter « le facteur chance » qui existe pourtant dans la vraie vie et que nous nous refusons dans la fiction, sous peine de voir fleurir des mentions comme « Deus/Diabolus ex machina » dans les marges.
Mais ajouter « Si, c'est une histoire vraie, vraie de vraie ! » ne suffit pas à nous faire gober n'importe quoi. Encore faut-il que les personnages nous restituent assez d'eux-mêmes pour que nous puissions les comprendre et accepter l'improbable. La voix off est là pour ça, juste ce qu'il faut. Steven Russel a eu beaucoup de chance dans sa vie, mais il a été aussi particulièrement culotté, et ça, ce sont les actes qui le montrent.
Contrairement à Attrape-Moi si tu Peux, l'essentiel du film n'est pas dévolu aux combines, trucs et astuces du faussaire de génie. Car le film est avant tout l'histoire d'un homme perturbé qui trouve l'homme de sa vie, et le perd. Après tout, les histoires d'amour, ça finit mal en général... Mais le principal antagoniste au bonheur de Steven Russell est Steven Russell. C'est d'ailleurs l'essentiel du message délivré par le personnage d'Ewan McGregor qui aspire à une vie sereine et pensait avoir enfin trouvé l'homme sur qui compter.
Phillip, s'il est présent dans le titre, joue en fond de cour. Il devient la motivation de Steven et inversement. Ewan Mc Gregor nous compose un personnage timoré dont on devine qu'il a dégusté dans la vie, et que les hommes n'ont pas été tendres et réglos avec lui. L'histoire avec Steven va le faire emprunter des montagnes russes d'émotion, jusqu'à la haine. On pourra peut-être regretter que le personnage de Phillip soit un peu transparent, mais Ewan Mc Gregor fait dans la dentelle. Il marche sur le fil ténu du « ni trop » « ni pas assez » dans la part féminine de son personnage. Avec Carrey, ils forment un couple qu'on aimerait marier à Bègles !
Avec un découpage qui n'est pas apparent et permet de passer aux différentes époques de sa vie sans avoir besoin de chapitrer, le film reste plutot linéaire. Quelques ellipses parfois servies par la voix off nous permettent des sauts dans le temps. Tout juste s'autorise-t-on quelques flash-backs dans l'enfance.
La première partie nous conte assez brièvement la petite vie de bon père de famille. Le temps de faire exister un peu ce personnage dont on sent à chaque instant qu'il se dit « mais le mec qui est en train de jouer de l'orgue à l'église, ce n'est pas moi ! ». Juste le temps nécessaire pour que de sa voix off, il commente son image, goguenard, en train de prendre en levrette un bear jusqu'à l'extase : « Oh, au fait, je vous ai pas dit que j'étais gay ? »
Fatalement, cette révélation implique un tournant dans l'histoire. Et ce tournant, c'est un grave accident de voiture. La gueule bien cabossée, Steven décide de vivre enfin sa vie, comme il l'entend et assume enfin son homosexualité. Dans un premier temps, après son coming-out, le personnage se sent pousser des ailes. A chaque fois qu'un choix raisonnable s'offre à lui, Steven trouve le moyen de l'ignorer...
Arrive une troisième partie, plus romantique. La rencontre avec Phillip se passe derrière les barreaux d'une prison. Steven y est déjà le maître incontesté toujours grâce à l'argent et aux combines. Philipp et lui tombent amoureux. Les deux comédiens jouent une partition sans fausse note, tantôt fleur bleue, tantôt sur le registre de l'humour avec l'univers carcéral en toile de fond. Les deux personnages nous sont rendus attachants.
Sorti de prison avant Phillip, Steven prétend être avocat afin de le faire sortir de prison. La vie reprend son cours, et les magouilles avec, car Steven veut offrir la meilleure vie qui soit à son amour, oubliant les promesses qu'il a faites à Philipp.
La dernière partie est beaucoup plus dramatique. Un peu plus lente aussi. Le mélodrame prend le pas sur l'humour. Telle est la recette de ce film audacieux. A partir de la seconde moitié, lorsque Steven devient le directeur des affaires financières, qu'il devient mondain, et délaisse son compagnon, le film semble s'étirer un peu en longueur comme la vie de Phillip.
Est-ce un défaut ? Pas vraiment. Les personnages y gagnent en densité. Steven prend là son épaisseur et nous laisse approcher ses tourments. Le couple se sépare puis l'histoire rebondit, jusqu'au dernier coup fumant de Steven qui lui en fera prendre "pour perpèt'". Rideau...
Au final, ce film est une histoire enthousiasmante servie par des comédiens épatants. Bien réalisé, c'est à dire avec un filmage simple qui laisse la part belle au romanesque. A voir !
La tournée des popotes comportait un hommage à la cinémathèque française pour Jim Carrey et une remise de médaille rue de Valois(ce qui dans l'absolu ne doit plus être très difficile à obtenir puisque Frédéric Mitterrand semble vouloir remettre une médaille à chaque people étranger de passage à Paris pour sa promo, sans doute pour tenter de battre le record officieux toujours détenu par Jack Lang...). Notre Ministre a pu lancer un « I love you Jim Carrey. I love you Ewan Mc Gregor » auquel ont répondu les comédiens en s'embrassant goulument sous l'oeil gourmand des photographes, mais pas que... Et puis après tout, il a raison, le Ministre.
We love you too !
La véritable rencontre entre le public et Jim se passe lorsqu'il intègre l'équipe du Saturday Night Live, temple du gag et du non-sens, où il se livre aux pitreries les plus folles - la référence à José Garcia époque Nulle Part Ailleurs n'était pas innocente – que ce soit en loser de boîte de nuit, en trublion burlesque en prof de gym improbable ou encore en maître nageur sur les bords d'un jacuzzi. Matez les extraits vidéos, ca vaut le coup d'oeil...
Et puis arrive la carrière qu'on connaît, avec ses hauts et ses bas, des films parfois très moyens où le nom de Jim Carrey est le seul argument de vente. Puis Carrey a l'occasion de jouer dans quelques rôles plus sérieux qui lui donnent l'occasion d'explorer les nuances et les silences. Pour ces rôles, il reçoit encore récompenses et reconnaissance. Il a été le roi de l'audience à la télé, le roi du box office au cinéma, et a tourné auprès des meilleurs. Dans son rôle de Mr Loyal, il fait des miracles, regardez l'hommage qu'il rend devant le gotha hollywoodien (il faut oser !), à sa partenaire Meryl Streep, qui ne sait plus où se mettre.
Le film...
Bien que la (mauvaise) bande annonce laisse présager une grosse comédie un peu lourdingue entreCage aux Folles et Dumb & Dumbers, sur fond de Attrape-Moi si Tu Peux, I Love You Phillip Morris est en quelque sorte la synthèse des talents de Carrey. Ombres et lumières. Folie et drame. Humour et gravité. Pour ceux qui s'attendaient à ce que Carrey nous fasse son show façon grosse poilade, c'est raté. C'est même tout le contraire : il nous cueille par sa drôlerie sans nous lasser, et nous étonne par la densité de son jeu dans le grave.
La vie, la mort, tout ça...
Il est alors envoyé en prison au Texas et là, il tombe amoureux de Philip Morris, le détenu qui partage sa cellule. Ce dernier est libéré avant Steven, qui est prêt à tout pour retrouver son amoureux, et notamment à s'échapper jusqu'à quatre fois de prison...
Une histoire vraie ! C'est l'argument de vente imparable présent dès le générique, parce que la vérité paraît toujours plus vendeuse, surtout quand on nous propose de l'incroyable... C'est ce qu'on dit n'est-ce pas ? « On le mettrait dans une fiction, que personne ne le croirait ! ». Souvent, nous nous le disons à tort, parce que la vie ne nous permet pas de saisir le moi et le surmoi (et donc les motivations profondes) de chaque protagoniste d'un fait divers sensationnel... Ni d'accepter « le facteur chance » qui existe pourtant dans la vraie vie et que nous nous refusons dans la fiction, sous peine de voir fleurir des mentions comme « Deus/Diabolus ex machina » dans les marges.
Mais ajouter « Si, c'est une histoire vraie, vraie de vraie ! » ne suffit pas à nous faire gober n'importe quoi. Encore faut-il que les personnages nous restituent assez d'eux-mêmes pour que nous puissions les comprendre et accepter l'improbable. La voix off est là pour ça, juste ce qu'il faut. Steven Russel a eu beaucoup de chance dans sa vie, mais il a été aussi particulièrement culotté, et ça, ce sont les actes qui le montrent.
Contrairement à Attrape-Moi si tu Peux, l'essentiel du film n'est pas dévolu aux combines, trucs et astuces du faussaire de génie. Car le film est avant tout l'histoire d'un homme perturbé qui trouve l'homme de sa vie, et le perd. Après tout, les histoires d'amour, ça finit mal en général... Mais le principal antagoniste au bonheur de Steven Russell est Steven Russell. C'est d'ailleurs l'essentiel du message délivré par le personnage d'Ewan McGregor qui aspire à une vie sereine et pensait avoir enfin trouvé l'homme sur qui compter.
Phillip, s'il est présent dans le titre, joue en fond de cour. Il devient la motivation de Steven et inversement. Ewan Mc Gregor nous compose un personnage timoré dont on devine qu'il a dégusté dans la vie, et que les hommes n'ont pas été tendres et réglos avec lui. L'histoire avec Steven va le faire emprunter des montagnes russes d'émotion, jusqu'à la haine. On pourra peut-être regretter que le personnage de Phillip soit un peu transparent, mais Ewan Mc Gregor fait dans la dentelle. Il marche sur le fil ténu du « ni trop » « ni pas assez » dans la part féminine de son personnage. Avec Carrey, ils forment un couple qu'on aimerait marier à Bègles !
Une biographie classique mais efficace.
La première partie nous conte assez brièvement la petite vie de bon père de famille. Le temps de faire exister un peu ce personnage dont on sent à chaque instant qu'il se dit « mais le mec qui est en train de jouer de l'orgue à l'église, ce n'est pas moi ! ». Juste le temps nécessaire pour que de sa voix off, il commente son image, goguenard, en train de prendre en levrette un bear jusqu'à l'extase : « Oh, au fait, je vous ai pas dit que j'étais gay ? »
Fatalement, cette révélation implique un tournant dans l'histoire. Et ce tournant, c'est un grave accident de voiture. La gueule bien cabossée, Steven décide de vivre enfin sa vie, comme il l'entend et assume enfin son homosexualité. Dans un premier temps, après son coming-out, le personnage se sent pousser des ailes. A chaque fois qu'un choix raisonnable s'offre à lui, Steven trouve le moyen de l'ignorer...
Arrive une troisième partie, plus romantique. La rencontre avec Phillip se passe derrière les barreaux d'une prison. Steven y est déjà le maître incontesté toujours grâce à l'argent et aux combines. Philipp et lui tombent amoureux. Les deux comédiens jouent une partition sans fausse note, tantôt fleur bleue, tantôt sur le registre de l'humour avec l'univers carcéral en toile de fond. Les deux personnages nous sont rendus attachants.
Sorti de prison avant Phillip, Steven prétend être avocat afin de le faire sortir de prison. La vie reprend son cours, et les magouilles avec, car Steven veut offrir la meilleure vie qui soit à son amour, oubliant les promesses qu'il a faites à Philipp.
La dernière partie est beaucoup plus dramatique. Un peu plus lente aussi. Le mélodrame prend le pas sur l'humour. Telle est la recette de ce film audacieux. A partir de la seconde moitié, lorsque Steven devient le directeur des affaires financières, qu'il devient mondain, et délaisse son compagnon, le film semble s'étirer un peu en longueur comme la vie de Phillip.
Est-ce un défaut ? Pas vraiment. Les personnages y gagnent en densité. Steven prend là son épaisseur et nous laisse approcher ses tourments. Le couple se sépare puis l'histoire rebondit, jusqu'au dernier coup fumant de Steven qui lui en fera prendre "pour perpèt'". Rideau...
Au final, ce film est une histoire enthousiasmante servie par des comédiens épatants. Bien réalisé, c'est à dire avec un filmage simple qui laisse la part belle au romanesque. A voir !
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