lundi 17 mai 2010

Wall street : Oliver Stone dévalué

Oliver Stone voulait dénoncer les excès du capitalisme dans son premier film sur Wall Street. Il mettait en scène un requin charismatique qui, contre toute attente, a créé des émules et des vocations. Vingt-trois ans plus tard et après une crise majeure du capitalisme, revoilà sur les écrans Michael Douglas dans la peau de Gordon Gekko, le chantre du libéralisme. Cette fois, avec la volonté affichée de dénoncer plus clairement les travers de la société. Hélas, beaucoup trop grossièrement pour que cela soit passionnant. Une façon de se donner bonne conscience ?



Evidemment, on attendait beaucoup de cette suite. Trop peut-être. Mais avec la crise mondiale de la finance, on pouvait espérer un film qui expliquerait les mécanismes, ou bien qui nous présenterait le machiavelisme des protagonistes de la finance autrement que par des clichés.

Oliver Stone nous sert une histoire cousue de fil blanc dont tous les rebondissements sont annoncés à l'avance. Des événements si grossiers qu'il est impossible de ne pas s'y attendre. Il en résulte le désagréable sentiment d'être en avance sur les personnages qui sont bien peu passionnants tant ils sont empétrés dans des problèmes qui n'en sont plus pour le spectateur.

L'histoire débutait pourtant bien... Gordon Gekko a été condamné pour délit d'initié, blanchiment d'argent et racket. Lorsqu'il sort de prison, c'est un homme blessé et qui a accumulé toute la haine dont il était capable durant ces huit années derrière les barreaux, contre son ancien collègue, Bretton James. Ce dernier joue contre son propre camp en spéculant contre ses partenaires et conduit à la faillite une banque d'investissements, dont le directeur se suicide. Le jeune trader, Jake Moore (Shia LaBeouf) dont le disparu était aussi le mentor décide de le venger. Pour ce faire, il se laisse engager par Bretton James et demande l'aide de Gekko.

Le film peut se regarder sans avoir vu le précédent même si quelques clins d'oeil comme l'apparition de Sheen seront mieux compris si vous connaissez un peu le passé de Gordon Gekko.

Malheureusement, là où le film verse dans la romance, l'histoire perd en crédibilité et s'égare loin de son sujet. Il se trouve que Jake veut épouser la fille de Gekko, et que contre son avis, il fréquente son père contre lequel elle le met en garde. La fille de Gekko est créatrice d'un site Internet gauchiste, elle est fâchée avec son père et se trouve à la tête d'un pactole de 100 millions de dollars placés en Suisse et dont elle n'avait jamais parlé à Jake…

Là commencent les clichés, et ce n'est que le début.

Les joutes entre Gekko, Bretton James et Jake sont réduites à leur strict minimum et le bras de fer est bien peu passionnant. Sans doute parcequ'au fond les enjeux ne réussissent pas à nous concerner mais aussi parcequ'ils paraissent presque insignifiants par rapport au sujet : la crise des subprimes qui a vu des centaines de milliers d'américains être expulsés de leur logement. Même la mère de Jake qui connait des problèmes immobiliers est "hors sujet", disqualifiée par le fait qu'elle possède plusieurs maisons et qu'il est difficile de se sentir en empathie pour la bourgeoise pleurnicheuse qui vient taper 300.000 dollars sur les bonus de son fils (bonus qu'il n'a pas, un chèque de 50.000 suffira... il y a une solution à tout dans ce monde là !)

Alors certes, la réalisation est soignée, mais quelques animations où se croisent les cotations boursières dans un méandre d'images ne suffit pas à nous faire avaler la pillule et à nous expliquer la complexité du monde économique qu'on aurait souhaité nous rendre intelligible.

Oliver Stone ne nous épargne pas non plus un come back de Gekko pour une happy end sirupeuse à souhait. Une façon de nous rassurer sur le compte de son personnage et à travers lui de tous les requins de son espèce : il y a un petit coeur qui bat quelque part derrière les apparences...

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