Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'une parodie de fiction française. Après j'ai regretté que ça n'en fut pas ! Pendant quelques minutes, je m'attendais à voir surgir Alain Chabat ou Kad Merad en porte-jaretelles, ou la troupe des Robins des bois... Hélas : il fallait bien se rendre à l'évidence, La maison des Rocheville, c'était bien du sérieux.
LA RECETTE
La saga peut donc être un excellent divertissement familial, qui repose peu ou prou toujours sur les trois mêmes ingrédients : des secrets ou des mystères, des clans familiaux qui se vouent une haine farouche, et des méchants qui convoitent les biens des protagonistes principaux... Ensuite il faut que cela rebondisse, et que les lapins qui sortent du chapeau du scénariste, soient en fait des éléphants bien camouflés. Vous suivez ?
L'important est de choisir comme toile de fond, un décor très terroir, très "JT de Jean-Pierre Pernaut". Une maison familiale très disputée, comme dans Le Château des Oliviers (8 X 90 mn, écrit par Louis Velle et Frédérique Hebrard, Antenne 2, 1993), c'est parfait. Un métier traditionnel, noble et authentique, c'est encore mieux (Les maîtres du Pain, de l'Orge, des Ecluses, et j'en passe)... A défaut de décors grandioses, pensez à nous raconter un pan de l'histoire de France. Enfin, une pincée de surnaturel n'est pas pour déplaire, si elle est vraiment justifiée.
Évidemment, vous pouvez aussi vous inspirer d'un bouquin, c'est d'ailleurs souvent le cas, notamment ici, puisque cette série est très librement inspirée de la Trilogie Marseillaise, écrite par Yann Lecotais.
Vous obtenez donc quelque chose de ce genre :
De 1893 à Mai 68, sur cinq générations, les Rocheville, propriétaires du domaine viticole de Villeblanche et les Cavalli sont ballotés par les soubresauts de la grande Histoire. Il se passe des choses étranges dans le domaine occupé par les deux familles : une chambre maudite, des portes qui claquent, une maison qui tour à tour protège, accable ou punit. C'est cette demeure ancestrale qui nous narre l'histoire de ces aristos, minés par un secret qui n’en finit pas de produire ses malédictions.
RESULTAT DECEVANT
Sur le papier, l'histoire reste des plus classiques. La seule véritable idée innovante était de faire parler la maison. La voix de Judith Magre ponctue ainsi en over, les épisodes de sentences aussi indispensables à l'intrigue que «Tu es revenu (de la guerre) mais à quel prix !» ou encore «Avec le temps, mes murs ont entendu des bruits, des cris, des rires qui sont restés gravés dans mes pierres.» Houuuuuhou, on a peur ! Et Victor, l'aristo ruiné campé par Alexandre Brasseur, de caresser aussitôt les murs de la maison pour apaiser son courroux (coucou). Plus que naïf : le procédé est ridicule, en plus d'être inutile. Fausse bonne idée, donc.
Le réalisateur Jacques Otmezguine l'avoue sans détour dans le dossier de presse : «Les films de télévision sont souvent méprisés par un certain milieu bien-pensant, qui n’a aucune idée de « l’inventivité » artistique, de la technique et du talent dont nos équipes doivent faire preuve pour réussir ce genre de pari si risqué, où la moindre erreur peut être catastrophique, faute d’argent et de temps.».
Je me garderai bien de mépriser sans raison le travail de toute une équipe, sans doute très compétente, mais la question qui se pose, c'est de savoir s'il était raisonnable de s'engager dans tel projet avec un budget serré (12 millions d'euros quand même) et l'ambition de voir aussi grand en terme de filmage ? Tout ça parce qu'on adule les grandes sagas... Il est parfois dangereux de vouloir poéter plus haut que son culte...
Car enfin si le service public n'a plus une thune, il faut peut-être qu'il assume sans honte sa période de vaches maigres et le fait de commander des histoires en fixant des conditions drastiques aux scénaristes, en terme de nombre de décors et de comédiens. Qu'il accepte de réduire ses ambitions en réalisation pour se recentrer sur la qualité de l'écriture et l'exigence vis à vis des sujets. FTV doit faire confiance à la créativité des auteurs pour réussir à proposer des scénarios innovants et captivants malgré ces restrictions...
On éviterait peut-être ainsi les épisodes perfusés au système D comme dans la Maison des Rocheville, avec même de grosses plantades : poteaux EDF carrément dans le champ ou mal camouflés, paraboles satellites dans le paysage, effets spéciaux ridicules, séquences de naufrage à l'économie, guerre de 14-18 réduite à quelques plans serrés sur un terrain vague et des fusils qui font semblant de tirer... Bref : on se consterne ou l'on rit, mais on n'y croit pas un seul instant. L'autre parti pris est de faire jouer aux comédiens plusieurs époques de leurs personnages (ou même les frères) mais là encore, le pari n'est pas gagné...
D'autant plus qu'au niveau de l'écriture, c'est poussif. Le premier quart de l'épisode 1 semblait assez confus dans son déroulement. En insistant sur l'enfance des personnages, le temps semblait s'étirer en longueur. Un lyrisme et une lenteur revendiqués par le réalisateur mais qui n'étaient hélas pas payants vus de notre canapé.
Vient alors une seconde question : cette écriture et cette conception des séries est-elle moderne ? En face, il y a Les Experts, et sur M6, Despepate Houseswiz Desperate Houswiwes Desperate Housewives, sans parler de toutes les autres séries qui aguichent le téléspectateur à longueur d'année. Alors quand on zappe sur France2, forcément, ça sent un peu la naphtaline et on trouve que le scénario est daté (du XXième siècle?)... D'autant plus que le script ne brille pas par son inventivité débridée, ni les dialogues par leur fulgurance.
LE PARADOXE...
Nonobstant toutes mes réserves, force est de constater qu'il n'y a pas beaucoup de séries qui peuvent se targuer de créer un vrai rendez-vous, ni d'avoir un casting un peu plus étoffé que la moyenne. Ou même de multiplier les décors à ce point sur une même saison.
On serait tenté de souffler que si les équipes de Rémy Pfimlin veulent de l'innovation, il faudra peut-être qu'elles commencent par abandonner les vieilles recettes, mais contre toute attente, ces vieilles recettes fonctionnent ! Elles font sans doute office d'alternative aux programmes "tout américain" en face, martelés (bêtement) à raison de 3 épisodes (ou plus) par soir.
Quoi qu'il en soit, cela tendrait à prouver que le feuilleton reste en prime time l'un des meilleurs moyens de fidéliser l'audience, et ça, c'est plutôt une bonne chose pour les scénaristes.
(Article écrit pour Scenaristes.biz)
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