samedi 12 novembre 2011

On ne sait plus quoi inventer ! Adaptons...

Après les romans, les bd, les comics book, puis les mangas. Après les séries TV puis les attractions foraines Disney. Voici maintenant les jouets, jeux vidéos et même les jeux de plateau adaptés au cinéma... Les productions adaptent pour se rassurer sans que la promesse d'un succès en salle soit forcément tenue... A l'occasion de la diffusion ce soir de Assassin’s Creed Lineage sur NRJ 12, on explore la promiscuité toujours plus grande entre jeu et cinéma.

Adaptons, qu'est-ce qu'on risque ?

Tiens : RISK, on n'y avait pas encore songé. La voilà, l'idée... "Avec la Yakoutie, j'attaque le Kamchatka!", ca va être passionnant ! Un des prochains projets de Sony est en effet de sortir en salle une adaptation du jeu de plateau de conquête du monde créé par un français à la fin des années 50.
Sony vient d'acquérir les droits. Columbia Pictures, filiale du groupe japonais, monte le projet en collaboration avec Hasbro, la société de jouet, et Overbrook Entertainment, fondée par l'acteur/producteur Will Smith et le producteur James Lassiter.

Il faut dire que le public semble demandeur de ce genre de blockbuster adaptés de jeux et jouets : Transformers et GI Joe viennent de rapporter respectivement plus de 703 et 301 millions de dollars de recettes mondiales. De quoi attiser l'appétit des studios qui ont un peu souffert de la crise financière pour certains.

Le jeu, valeur refuge ? Reste à savoir comment rendre intéressant un jeu qui se joue avec cinq dés. Ce à quoi le président de Columbia Pictures, Doug Belgrad répond :"Risk est basé sur le raisonnement stratégique et les paris tactiques que les joueurs doivent mettre au point. Ces ingrédients transposés à l'écran vont donner lieu à un film d'action à suspense passionnant!"

De son côté, Ridley Scott est en bonne voie pour adapter... Le Monopoly !

Dans le Los Angeles Times, Frank Beddor qui en est le scénariste, vient de donner des éléments sur l'histoire du film : « J'ai eu l'idée d'un loser adorable qui bosse à Manhattan en tant qu'agent immobilier. Il n'est pas très bon mais c'est un excellent joueur de Monopoly. Le record du monde de la plus longue partie est de 70 jours (1 600 heures) et il veut convaincre ses amis de l'aider à faire mieux. Tout le monde pense qu'il est dingue. Ses camarades se moquent de lui et le laissent tomber en plein milieu de la partie. Il reste comme un idiot avec une carte Chance à la main. Il s'endort et le lendemain il se réveille en tenant toujours la carte Chance. Il sort s'acheter un café, mais il n'a plus que de l'argent de Monopoly dans les poches. Peu importe, car la serveuse lui rend la monnaie avec le même argent. Quand il sort dans la ville, il se retrouve dans Monopoly City. Il va devoir triompher des affreux Parker Brothers dans un jeu de Monopoly géant. »

Tant qu'on y est...

Alors je vous avertis, à titre personnel, j'ai déjà déposé des projets pour adapter le « Dr Maboule », le « Mille bornes » et les « Mako Moulages ». Mais rassurez-vous, il reste encore des tas d'idées bien franco-françaises. Après la déferlante de films sur le poker ou le black-jack américain, je vous suggère de faire de même avec le rami, la belote ou le « kilo de merde »... Comment ça : « forcément moins sexy » ?

Si l'adaptation des jeux de plateau est beaucoup plus compliquée, les passerelles entre les jeux vidéos et le cinéma sont en revanche beaucoup plus évidentes. Surtout depuis les années 80 où les jeux ont connu leurs premières adaptations cinématographiques.

Le videogame devient cinéma.

A présent, ce sont les jeux vidéos qui s'inspirent du cinéma, y compris dans leur promotion avec de magnifiques bandes-annonces, avant de repasser à nouveau au grand écran.

Les titres les plus récents intègrent des séquences « cinématiques » (en 3D) ou directement de séquences de fiction et le réalisme des images n'a presque plus rien à envier à la fiction traditionnelle comme dans Call of Duty ou Assassin's Creed (voir le gameplay: le rendu joueur par rapport à la bande-annonce ci-dessus.) qui donnent le sentiment de participer réellement à l'aventure.

Bilan : le joueur est en immersion totale, parfois très captif pour de nombreuses heures comme pour certains ARG. Les jeux à réalité alternée (Alternate Reality Games) permettent de jouer sur le web, mais aussi dans la « vraie vie ». La trame d'In Memoriam 2, en 2006, conduisait par exemple les joueurs qui collectaient des indices dans le jeu, sur le web, à appeler en vrai des « indics » au téléphone et ils tombaient sur des comédiens... Ce sont de vrais univers « cross-media » qui se développent sur tous supports : web, téléphone mobile, télé, cinéma.

Alors bien entendu, les studios de cinéma lorgnent vers ces nouveaux moyens d'expression qu'ils considéraient à tort jusqu'à présent uniquement comme de potentiels produits dérivés. Aujourd'hui, ces jeux prennent des parts de marché à tout le monde, cinéma et télévision, notamment sur les jeunes cibles. Ce sont souvent eux les moteurs de la création la plus débridée, la plus osée, la plus spectaculaire, avec des scénarios qu'il serait compliqué de « vendre » d'emblée au cinéma.

Les budgets s'en ressentent d'ailleurs. Le jeu Assassin's Creed par Ubi Soft a coûté entre 20 et 25 millions de $ et aurait nécessité le travail de 300 personnes ! Et comme pour prouver que la frontière cinéma/jeu s'amenuise, Ubi Soft a produit elle-même plusieurs courts-métrages (certes, plutôt décevant du point de vue du scénario...) qui sont tournés grâce à la société d'effets spéciaux Hybride que le groupe vient d'acquérir... Quand le jeu vidéo joue au cinéma, ça donne ça :

NRJ 12 diffuse le film évènement Assassin’s Creed Lineage (40 minutes) ce jeudi 12 novembre 2009 à 22H15 en exclusivité mondiale et diffusera un reportage inédit de 13’ intitulé « La Totale : Le jeu vidéo fait son cinéma » sur les coulisses de fabrication de ce moyen métrage.

Mais adapter un jeu vidéo s'avère souvent compliqué, surtout quand l'intérêt du jeu réside plus dans son interactivité et sa complexité de résolution que dans la profondeur du sujet ou de ses personnages. Comment résumer un « gameplay » de plus de trente heures à 1h35 en salle ? Comment installer rapidement tout un univers de fiction et le rendre crédible et compréhensible ? Les studios ont appris à adapter des romans. Ou même des séries télé, avec plus ou moins de bonheur il est vrai (cf Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Et que donnera L'Agence tous Risques qui sort en Juin ?) en revanche l'adaptation des jeux vidéos reste encore complexe à mettre en oeuvre pour eux.

Certaines productions ont tourné au fiasco, décevant de nombreux « gamers » et n'arrivant pas à trouver un public plus large en salle. Comme le rappel Electron Libre dans un article, Silent Hill, par le français Christophe Gans n'a pas réussi à convaincre. Parfois même, les films sortent directement en vidéo comme l'adaptation de Alone in The Dark. Ou dans le pire des cas, ces essais deviennent des nanards cultes comme Street Fighter avec Jean-Claude Van Damme.

Sorti depuis quelques années dans plusieurs versions sur les consoles nouvelles générations,Prince of Persia possède des environnements graphiques époustouflants et le jeu de plateforme d'origine s'est mué en vrai jeu d'action aventure. Produit par Disney et Jerry Bruckheimer (l'adaptation de l'attraction Pirates des Caraibes, c'est lui !), le film aura pour héros Jake Gyllenhaal et le scénario reprendra le thème suivi par le premier épisode sorti sur Playstation 2 et Xbox en 2003. C'est la prochaine adaptation du genre à venir. On l'attend dans les semaines à venir avec impatience et curiosité...
(Article écrit pour Scenaristes.biz)

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